Le web pollue plus qu’on ne croit, et personne n’en parle vraiment

Un mail envoyé, une vidéo lancée, une requête à un chatbot. On clique, ça part, et puis plus rien. Sauf que derrière chaque geste anodin, il y a des serveurs qui tournent, des câbles sous-marins, du refroidissement à l’eau, et une facture énergétique qui commence à faire tousser même les gens les plus optimistes sur la tech — y compris ceux qui cherchent des récompenses surprenantes sur mobile sans mesurer l’infrastructure que cela mobilise.

Le sujet revient en boucle depuis quelques mois, porté notamment par un rapport onusien sorti cette année qui tire la sonnette d’alarme sur l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle. Et franchement, c’était temps. Parce qu’entre les sites qui affichent fièrement leur logo « éco-responsable » et ceux qui font tourner des modèles gigantesques sans jamais communiquer sur leur conso (même des sites de divertissement en ligne comme rejoindre Brutal Casino ou des plateformes de streaming grand public sont concernés, à leur échelle), on avait besoin de chiffres solides.

Le poids réel du numérique, en vrai

On entend souvent que le web représenterait autour de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Un chiffre à peu près équivalent à celui de l’aviation civile. Ça paraît abstrait dit comme ça, mais c’est énorme. Surtout quand on sait que la courbe grimpe, pas l’inverse.

Le rapport de l’ONU pointe du doigt un accélérateur qu’on n’avait pas vu venir aussi vite : l’IA générative. Chaque requête envoyée à un grand modèle de langage consomme largement plus qu’une recherche Google classique. On parle parfois d’un facteur 10, parfois plus selon les études. Multipliez ça par des centaines de millions d’utilisateurs quotidiens, et voilà.

Le pire, c’est l’eau. Les data centers qui entraînent ces modèles ont besoin d’être refroidis en permanence, et ça pompe des volumes hallucinants dans des régions parfois déjà tendues niveau ressources. On commence à voir des tensions locales apparaître autour de certaines implantations aux États-Unis, notamment dans l’Arizona ou en Virginie.

Une prise de conscience qui bouge un peu, quand même

Bonne nouvelle : ça commence à bouger. Une application française open source vient d’être lancée pour permettre à chacun de mesurer l’empreinte carbone de ses usages d’IA. Gratuite, transparente sur son code, elle donne une estimation par requête. Le genre d’outil dont on avait besoin pour arrêter les discours flous.

Et perso, je trouve ça plutôt sain. Parce qu’on ne peut pas réduire ce qu’on ne mesure pas. Tant que le sujet reste dans le brouillard, personne ne se sent concerné.

Du côté des entreprises, l’empreinte carbone des produits devient carrément un argument commercial. Les fournisseurs qui savent afficher un bilan crédible commencent à décrocher des contrats face à des concurrents qui traînent la patte. Ce n’est pas encore la norme, mais la tendance est claire : le climat entre dans les cahiers des charges.

Green IT : ce qui marche, ce qui est du flan

Le « Green IT », c’est un peu le buzzword du moment dans les DSI. Derrière l’étiquette, il y a du vrai et du greenwashing. Le vrai, c’est l’allongement de la durée de vie du matériel (un ordi qui dure 7 ans au lieu de 3, c’est plus impactant que n’importe quel programme de compensation carbone), la mutualisation des serveurs, le choix de data centers alimentés en énergies bas carbone. Le reste du temps, on décompresse comme on peut, parfois en scrollant sans but jusqu’à tomber sur un jeu arcade addictif sur mobile — preuve que tout le monde ne passe pas ses soirées à lire des rapports RSE.

Le flan, c’est l’entreprise qui plante des arbres pendant qu’elle multiplie ses instances cloud par cinq.

Réduire la conso, ça passe aussi par des trucs bêtes : compresser les images des sites, éviter les vidéos en autoplay, arrêter d’envoyer des newsletters à 200 000 personnes désabonnées dans l’âme. Un site web bien codé peut consommer 10 fois moins qu’un site mal fichu qui charge 40 scripts tiers à chaque visite. C’est pas de la magie, c’est du bon sens.

Le paradoxe qui fâche

Le truc c’est que plus on numérise, plus on pollue, mais on numérise justement souvent pour polluer moins ailleurs. La visio évite des trajets en avion, la dématérialisation des factures économise du papier, les jumeaux numériques permettent d’optimiser des usines physiques. Le bilan global est loin d’être évident à calculer.

Sauf que l’effet rebond est réel. On envoie plus de mails parce que c’est « gratuit ». On stocke tout parce que c’est « gratuit ». On demande à une IA de nous générer des images qu’on aurait jamais faites autrement, parce que c’est « gratuit ». Rien n’est gratuit, évidemment.

D’ailleurs, un rapport de Greenpeace rappelait récemment que l’empreinte carbone militaire, elle, reste totalement hors des radars médiatiques. On disserte sur le poids d’un mail alors que des flottes entières crament du kérosène sans qu’on n’ait même les chiffres officiels. Question de priorités, sans doute.

Ce qu’on peut faire, sans se prendre la tête

Alléger sa boîte mail, oui. Garder son téléphone plus longtemps, surtout. Éviter la 4K quand le 720p suffit largement sur un écran de 6 pouces. Fermer les onglets qui tournent en arrière-plan.

Et surtout, arrêter de croire que le cloud est un endroit magique et immatériel. Le cloud, c’est juste l’ordinateur de quelqu’un d’autre. Et cet ordinateur, il consomme.